Rapport de l’observatoire du foncier 2025 : Le vrai enjeu du foncier agricole wallon n’est pas la propriété, mais l’accès sécurisé à la terre.

Dernière mise à jour le 19 Dec. 2025

Travaux agricoles

L'actualité rurale de ces dernières semaines a été émaillée d'annonces pour le moins étonnantes émanant du Cabinet de la ministre A-C Dalcq, destinées à justifier les orientations prises dans sa note de stratégie foncière agricole.

Nous vous renvoyons à notre communication du 15 décembre  (https://www.ntf.be/actualites/strategie-fonciere-wallonne-ntf-alerte-sur-une-derive-interventionniste-contraire-la) à ce sujet, dans la quelle nous expliquions que les chiffres du marché foncier ne témognent ni d'un "accaparement des terres par des spéculateurs étrangers", ni d'un "achat massif des terres agricoles par des non-agriculteurs".

 

Le publication, cette semaine, de l'excellent Rapport 2025 de l'Observatoire du foncier agricole vient conforter, chiffres officiels à l'appui, notre analyse : Le vrai enjeu du foncier agricole wallon n’est pas la propriété, mais l’accès sécurisé à la terre.


Voici le communiqué que NTF a transmis ce mercredi à la presse francophone du pays :

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 

Gembloux, le 17 décembre 2025 – Le rapport 2025 de l’Observatoire du Foncier Agricole wallon confirme, de manière particulièrement claire, l’analyse que NTF avait développée dès ce mois de novembre, lorsque nous dénoncions la stratégie foncière de la ministre Dalcq fondée davantage sur des fantasmes que sur la réalité des chiffres, notamment autour d’un prétendu « rachat massif des terres agricoles par des non-agriculteurs ».

Les données aujourd’hui publiées, que nous saluons pour leur rigueur et leur qualité méthodologique (travail de la DAFoR), valident pleinement cette lecture.

 

Une structure de propriété qui dément toute logique d’accaparement

Contrairement au discours alarmiste régulièrement relayé, la propriété foncière agricole wallonne est d’abord et avant tout une propriété productive, détenue majoritairement par ceux qui travaillent la terre, et elle évolue chaque année davantage dans ce sens.

Les chiffres sont sans équivoque :

  • 16.892 agriculteurs (personnes physiques) sont aujourd’hui propriétaires de 332.221 hectares de terres agricoles.
  • 324.647 propriétaires non-agriculteurs (personnes physiques) se partagent 364.583 hectares, héritage direct d’un morcellement historique.

Cette comparaison est particulièrement éclairante :
Les agriculteurs - en nombre restreint - détiennent presque autant de terres qu’un nombre vingt fois supérieur de propriétaires non-agriculteurs. Ils détiennent en moyenne 19,7 ha contre 1,12 ha pour les particuliers non-agriculteurs.

Cette situation évolue dans le même sens au cours du temps.
Les données de mouvements de propriété en 2024 le confirment nettement :

  • Seuls 1,2 % du parc foncier agricole ont changé de mains, soit 10.380 hectares.
  • Les non-agriculteurs sont les premiers vendeurs nets, avec 4.081 hectares cédés.
  • Les agriculteurs (personnes physiques) sont les premiers acquéreurs nets, avec 2.736 hectares achetés.

La surface détenue par des non-agriculteurs diminue progressivement, tandis que celle détenue par les exploitants augmente, sans qu’aucun indicateur ne révèle une concentration financière massive ou une captation spéculative du foncier.

 

Le vrai déséquilibre : l’écart structurel entre propriété et exploitation

Ces constats chiffrés mettent en lumière le véritable enjeu foncier wallon, trop souvent évacué du débat public. 

La taille moyenne d’une exploitation wallonne est aujourd’hui proche de 60 hectares.
Pourtant, un agriculteur propriétaire ne détient en moyenne que 20 à 30 hectares en propre.

L’équilibre économique d’une ferme repose donc pour près de la moitié sur l’accès au foncier via le bail à ferme.

Dans ce contexte, focaliser l’action publique sur :

  • Le contrôle des prix,
  • La multiplication des procédures,
  • Ou le fantasme d’un « rachat » par des non-agriculteurs,

revient à ignorer le fonctionnement réel du système agricole.

 

La conclusion s’impose : le bail à ferme est le levier central

Avec une rotation annuelle de la propriété agricole limitée à 1,2 %, le marché de la vente est structurellement incapable de répondre aux besoins de l’agriculture wallonne.

L’outil le plus puissant pour l’avenir du foncier agricole est donc connu : le bail à ferme.

Réenchanter et sécuriser le bail à ferme est la clé pour :

  1. Libérer du foncier sans dépendre d’un marché de propriété quasi immobilisé.
  2. Assurer la transmission et l’installation des jeunes agriculteurs.
  3. Consolider l’économie des exploitations existantes.

 

Feuille de route pour une politique foncière efficace et réaliste

Pour NTF, les chiffres de l’Observatoire tracent une feuille de route claire :

  1. Une réforme courageuse et équilibrée du bail à ferme, offrant sécurité juridique et attractivité tant aux propriétaires qu’aux exploitants.
  2. Des incitations fortes pour encourager le maintien en location des centaines de milliers d’hectares détenus par des particuliers.

Il est temps que la politique foncière wallonne cesse de courir après des problèmes qui n’existent pas et se concentre sur le levier principal, démontré par les faits :
un accès sécurisé, durable et économiquement viable au foncier agricole.

 

Conclusion : une politique foncière ne peut se substituer à une politique agricole

Les données de l’Observatoire 2025 sont sans ambiguïté : le marché foncier wallon est structuré par les besoins des agriculteurs, par la rareté de l’offre et par une faible rotation de la propriété.
Dans ce contexte, la volonté politique actuelle de renforcer encore le contrôle public du foncier apparaît largement contre-productive.

En pratique, cette approche :

  • Raréfie l’offre foncière en complexifiant les ventes et les mises en location.
  • Détériore la relation de confiance indispensable entre propriétaires et exploitants.
  • Évite la question centrale, pourtant déterminante pour l’avenir du secteur : le niveau insuffisant et instable des revenus agricoles.

Aucune régulation foncière, aussi restrictive soit-elle, ne pourra garantir la pérennité de l’agriculture wallonne ni favoriser l’installation des jeunes tant que la rentabilité économique des exploitations ne sera pas durablement améliorée.

Il est donc temps de recentrer le débat et l’action publique sur les véritables leviers de l’avenir agricole wallon :

  • Des exploitations économiquement viables,
  • Et un cadre de location moderne, sécurisé et attractif, capable de maintenir du foncier agricole au profit de ceux qui en ont besoin et de soutenir la transmission.

En l’absence d’une véritable politique agricole ambitieuse, la politique foncière ne sera qu’un écran, incapable de répondre aux défis structurels auxquels l’agriculture wallonne est confrontée.

 

Sébastien Cassart, Secrétaire Général de NTF asbl


Documents utiles:

Icône PDF Plaquette résumée des chiffres-clés du Rapport 2025