Communiqué de Presse: La Forêt wallonne en danger : la Peste « et » le Choléra

Dernière mise à jour le 9 Oct. 2018

Communiqué de presse

La Forêt wallonne en danger : la Peste « et » le Choléra

NTF – L’association des propriétaires ruraux de Wallonie

 

Namur, le 27 septembre 2018

 

A cause des conditions climatiques extrêmes de cette année, en moins d’un mois, notre forêt wallonne a basculé dans une situation sanitaire critique. Si des mesures urgentes et structurelles ne sont pas prises au niveau de la Région wallonne, un quart de notre forêt est en danger.

 

En effet, les tempêtes du début de l’année et la sécheresse de cet été ont favorisé une pullulation exceptionnelle de scolytes (ips typographus) s’attaquant aux épicéas sur l’ensemble du territoire wallon. Il s’agit de l’insecte ravageur forestier le plus vorace en Europe dont les larves se développent sous l’écorce et mènent à la mort rapide des arbres en quelques semaines. On n’avait plus vu ce phénomène depuis 1991-92. Les images aériennes prises depuis un drône (en annexe) montrent que tous les épicéas de cette station à Roly sont morts.

 

En Wallonie, les épicéas, c’est 123.000 ha, soit 25% de la forêt. Ils sont présents partout au Sud du Sillon Sambre et Meuse et particulièrement en Ardenne. Vu la canicule, la multiplication des scolytes s’est emballée pour devenir épidémique. L’attaque est exponentielle et ne sera figée que par l’arrivée de l’hiver et de gels…, pour reprendre au printemps. En moins d’un mois, quelle que soit la région, les propriétaires se retrouvent dépassés par l’ampleur de l’épidémie qui a très rapidement dépassé leurs capacités à juguler le phénomène par les mesures traditionnelles. La seule solution efficace contre les scolytes est l’abattage et l’évacuation rapide de ces arbres sinistrés afin d’éviter que les arbres sains ne soient également infectés.

 

Les chiffres sont loin d’être fixés mais, les experts parlent déjà de plus 700.000m3 de bois atteints à couper et à mettre sur le marché rapidement (soit ¼ de la récolte annuelle habituelle). Ces bois ne valent toutefois plus grande chose : alors qu’ils pouvaient encore être vendus l’année dernière pour 60 à 70€/m3, ils ne sont plus achetés qu’à près de 5€/m3, et la dépréciation va s’aggraver avec un tsunami d’offres. Et, la vente des épicéas sains suit logiquement cette déflagration, ils ne sont déjà plus vendus qu’autour de 30 à 40€/m3. Or, les propriétaires peuvent difficilement prendre le risque de garder les épicéas à maturité et sains qui pourraient du jour au lendemain être attaqués par les scolytes. Un troisième envol des insectes est en cours et les conséquences de ce dernier ne seront visibles qu’au printemps 2019.

 

Des mesures urgentes
Vu la situation catastrophique, NTF et l’ensemble des acteurs de la filière bois ont interpellé le Ministre de l’Agriculture et de la Forêt, René Collin (CDH) afin de reconnaître l’état d’urgence sanitaire en forêt. Le Ministre a dès lundi mis en place une « Task Force », rassemblant l’Administration et les acteurs de la filière bois afin de mettre en œuvre rapidement un plan d’action, priorisant notamment la récolte des peuplements touchés par les scolytes.

 

Si ce plan d’action doit concerner l’ensemble de la Région, des mesures particulières devront être prises pour la « zone rouge » touchée par la peste porcine africaine. Les coupes et récoltes sont en effet prohibées pour le moment. Or, 29.000 ha de forêt sont concernés par cette zone, dont 2.500 ha d’épicéas. Il faudrait limiter et clôturer au plus vite la zone rouge, permettre le chargement des bois actuellement stockés en bord de chemin forestier, et permettre la surveillance et l’exploitation des bois scolytés pour éviter la propagation des attaques.

 

Des mesures structurelles

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une calamité naturelle grave. Rien que pour la vente des bois atteints, on estime au minimum à 35 millions d’euros les pertes subies. Sans compter que le prix des bois sains s’effondrent et que l’ensemble de la filière bois est concernée, des producteurs (propriétaires privés et publics) en passant par les exploitants et les transformateurs locaux. NTF a dès lors demandé l’intervention des Calamités publiques auprès du Ministre Président, Willy Borsus (MR). En effet, en 1991, l’Etat fédéral avait alors reconnu le phénomène naturel comme exceptionnel et avait indemnisé les propriétaires. Cette intervention de l’Etat est fondamentale dans la mesure où elle doit permettre aux propriétaires de pouvoir envisager le reboisement. On sait en effet que la Forêt wallonne privée souffre d’un gros problème de non replantation. Or, une démobilisation des gestionnaires privés va à notre sens avoir un effet majeur direct tant sur la fonction économique de la filière bois que sur les aspects paysagers, touristiques et éco-systémiques.

 

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Qui est NTF ?

 

NTF est le porte-parole des propriétaires privés de terres agricoles, forêts et espaces naturels en Région Wallonne. Elle défend leurs droits moraux et matériels dans l’objectif de faire reconnaître le propriétaire comme partenaire socio-économique et acteur privilégié du développement rural.

 

 

Pour approfondir le sujet : 

 

 

Personnes de contact :

  • Séverine Van Waeyenberge, Secrétaire générale NTF – severine.vanwaeyenberge@ntf.be
    T : 081/26 35 83 ou 0471/09 66 71
  • Les images ont été prises sur une propriété privée à Roly (Philippeville), les propriétaires sont disponibles pour témoigner. (ou autres…)