Le loup en Wallonie : comparaison n’est pas raison
Publié dans Le Soir 28/10/2026
Communiqué de Presse
Le futur Plan Loup 2026-2030 est en préparation. C'est donc le moment de poser une question simple, mais essentielle : combien de loups la Wallonie souhaite-t-elle réellement accueillir ?
Car le loup n'est plus simplement « de retour ». Il s'installe, se reproduit et étend progressivement son territoire. La question n'est donc plus de savoir comment accompagner son retour, mais jusqu'où nous voulons qu’il aille.
Yellowstone, une comparaison valable ?
À chaque débat sur le sujet, Yellowstone est régulièrement cité comme modèle de coexistence. Très bien. Mais comparaison n'est pas raison.
Yellowstone : Superficie de 8.991 km² - Loups recensés : +/- 84 – Population humaine : environ 4.150 habitants – Fonction principale : parc national.
Wallonie : Superficie de 16.901 km² - Loups recensés : plusieurs meutes reproductrices, 48 loups – Population humaine : 3,7 millions d’habitants – Fonction principale : territoire habité, agricole, forestier et économique.
Ces quelques chiffres suffisent à rappeler une évidence : Yellowstone a été conçu pour la faune sauvage. L’activité humaine y est centrée sur le tourisme.
La Wallonie s’est développée en faisant coexister nature et activités humaines. On y habite. On y travaille. On y élève. On y cultive. On y chasse. On y entreprend. On y gère des forêts.
Nous ne sommes donc pas dans des territoires comparables...imaginons que l’on compare le PIB de Yellowstone et de la Wallonie ... on comprendrait vite que nous sommes dans deux univers de vie bien éloignés.
La comparaison reste néanmoins utile en tenant compte de son contexte. Elle pose une question que nous évitons souvent : quel équilibre recherchons-nous entre biodiversité, élevage, agriculture, forêt, chasse, tourisme et développement économique ?
Combien de meutes ?
Quelle densité ?
Quels impacts sur l'élevage ?
Quels coûts pour la collectivité ?
À partir de quand considère-t-on que l'équilibre n'est plus respecté ?
L’avis des pouvoirs publics
Alain Licoppe, responsable du Réseau Loup au sein du SPW, envisage que l'ensemble des habitats potentiels - tout le sud du sillon Sambre-et-Meuse - soit occupé par le loup.
La Ministre a évoqué une capacité biologique théorique pouvant atteindre plusieurs centaines de loups en Wallonie, tout en précisant qu'il ne s'agissait ni d'un objectif ni d'un nombre souhaitable.
Et elle a raison.
Une capacité biologique répond à la question de ce qui est possible.
La politique, elle, doit répondre à une autre question : qu'est-ce qui est souhaitable ?
Dès lors, pourquoi faire de ce qui est possible un objectif, si ce n'est pas souhaitable ? La capacité biologique ne correspond pas à un projet de société et ne dit rien de ce que les citoyens sont prêts à accepter ni des conséquences concrètes qu'ils sont prêts à assumer.
On entend souvent qu'il appartient à l'homme de s'adapter au loup et non l'inverse. L'idée peut séduire et flatter nos sentiments de liberté, de capacité d’adaptation, de souhait de proximité avec la nature. Les idéaux et une part d'utopie ont souvent permis à nos sociétés de progresser.
Sur le terrain, ça donne quoi ?
Même les plus belles idées doivent se confronter à la réalité du terrain à un moment donné.
Et cette réalité pose une question simple :
Que sommes-nous prêts à assumer collectivement au nom de la présence du loup ?
Davantage de contraintes pour l'élevage ?
Des investissements dans les clôtures et les chiens de protection ?
Des indemnisations publiques ?
Des adaptations permanentes des pratiques agricoles et rurales ?
Des restrictions de circulation en forêt ?
La question mérite d'être posée d'autant plus que les conséquences du loup ne se limitent pas aux dégâts causés aux troupeaux. Son installation introduit également un nouvel aléa dans la gestion des territoires ruraux : en modifiant les déplacements et le comportement du gibier, le loup peut rendre plus difficile l'atteinte d'objectifs qui, eux, continuent à être imposés aux acteurs de terrain.
Les détenteurs de droits de chasse restent soumis à des plans de tir obligatoires préétablis. Les propriétaires et gestionnaires forestiers doivent toujours limiter les dégâts de gibier et assurer la régénération des forêts. Pourtant, lorsque les hardes changent d'habitudes ou se déplacent sous l'effet de la prédation, des équilibres parfois construits depuis des années se voient bouleversés.
La coexistence ne consiste donc pas uniquement à demander aux acteurs de terrain de s'adapter. Elle suppose aussi que les politiques publiques s'adaptent aux réalités nouvelles créées par la présence du loup.
Plus largement, le débat gagnerait à rester connecté à notre terrain.
À force de théoriser la coexistence, de raisonner en capacités biologiques ou en modèles écologiques, on risque parfois de s'éloigner des préoccupations concrètes de ceux qui vivent, travaillent et investissent dans les territoires concernés.
Pour l'éleveur, le forestier ou le gestionnaire concerné, la question n'est pas théorique : comment poursuivre son activité dans des conditions viables et acceptables ?
Bien gérer la cohabitation
Le loup est devenu bien davantage qu'une espèce sauvage : il est un symbole sur lequel se cristallisent des visions parfois opposées de la nature et de la ruralité. Cette charge symbolique brouille parfois le débat. Pourtant, la gestion d'une espèce aussi emblématique suppose d'évaluer sereinement ses effets réels. Un incident marquant pourrait d'ailleurs rapidement durcir les positions. Mieux vaut prévenir que guérir.
Car le loup, lui, ne connaît ni les débats parlementaires, ni les réseaux sociaux, ni la notion de gestion raisonnée. Il ignore également une distinction pourtant essentielle pour beaucoup de Wallons : pour lui, un veau, un mouton, un chevreuil ou un sanglier ne sont que des proies potentielles.
Pour l'éleveur qui a vu naître ses bêtes, la différence est évidemment tout autre.
Personne ne propose une Wallonie sans loup.
La question est de savoir comment préserver simultanément la biodiversité, l'agriculture, l'élevage, la gestion forestière, la chasse et la vitalité économique des territoires ruraux.
Le parc national de Yellowstone a été créé pour être Yellowstone : un sanctuaire de nature sauvage admiré dans le monde entier.
La Wallonie, elle, doit continuer à être admirée pour d'autres raisons : ses forêts, ses champs, ses villages, ses agriculteurs, ses entrepreneurs, ses propriétaires, ses chasseurs, ses promeneurs et tous ceux qui façonnent quotidiennement ses paysages. Le défi n'est donc pas de transformer la Wallonie en Yellowstone. Le défi est beaucoup plus simple : permettre au loup de trouver sa place sans demander aux Wallons de perdre la leur.
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